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LA SAINTE BAUME HAUT LIEU DE LA PROVENCE
“Sancta Maria de Balmis”
GROTTE DE SAINTE MARIE-MADELEINE EPICENTRE DE LA DEVOTION

Situé au coeur du Massif de la Sainte Baume, la grotte de Marie Madeleine est une grotte naturelle ouverte dans la falaise. Elle tire son nom du latin “balma,” montagne escarpée ou du provençal “Baumo” grotte. Elle dite sainte du fait que Sainte Marie Madeleine selon la tradition provençale y vécut trente trois ans retirée du monde . Haut lieu du monde chrétien depuis le Vème siècle par la venue de Jean Cassien fondateur de l’abbaye de Saint Victor à Marseille, la grotte figure dans les plus anciens documents écrits de l’Histoire de l’Eglise: le Cartulaire de l’abbaye de Saint Victor. Par bulles papales de Pascal II en 1113, d’Innocent en 1135, d’Eugène III, elle est décrite sous le nom de “Sancta Maria de Balmis”, haut lieu de pèlerinage, vénérée par les foules, elle devient l’épicentre de la dévotion au cours des siècles.
I- la grotte au fils des temps
- des origines au XIIIème siècle

"Depuis l’Antiquité la Sainte-Baume est un lieu de culte habité par Artémis d’Ephèse, les déesses de la fécondité la plus connu étant Artémis d’Ephèse .Vers 60, Lucain, auteur latin du Ier siècle décrit dansLa Pharsphale ,un certain « bois sacré » près de Marseille. “Il y avait un bois sacré, qui depuis un âge très reculé n’avait jamais été profané, il entourait de ses rameaux entrelacés un air ténébreux et des ombres glacées, impénétrables au soleil... Déjà la renommée rapportait que des tremblements de terre faisaient mugir le fond des cavernes, que les bois, sans brûler, brillaient de la lueur des incendies, que des dragons, enlaçant les troncs, rampaient çà et là.”
La Pharsphale Livre II, vers 394 à 418.


Abbaye de Saint Victor à Marseille - Saint Victor - Cartulaire
Dès le Vème siècle, la présence de moines de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille est attestée. La grotte de Sainte-Marie-Madeleine devient un lieu de pèlerinage chrétien réputé.
Le premier indice d’un pèlerinage connu, nous est fourni par le martyrologe anglo saxon du Roi Alfred, en 871 “ Marie Madeleine après
l’ascension, fut tellement pénétrée du regard de l’absence du Christ qu’elle ne voulut plus regarder aucun visage d’homme et qu’elle se retira dans le désert où elle demeura trente ans inconnue à tout le monde; qu’elle ne prenait ni nourriture ni boisson matérielles, mais à chaque heure de la prière, les anges de Dieu l’enlevaient en l’air, ou elle entendait. L’harmonie céleste, après quoi ils la descendaient dans sa caverne creusée dans le rocher”.
Haitze, dans son manuscrit de 1771, reproduit le Journalier (ancien registre de passage) présent à la grotte, Il nous renseigne de la venue des papes Etienne VI en 816, Jean VIII 878 et Boson 1er roi de Provence par la suite en 983 Guillaume comte de Provence après sa victoire sur les Sarrasins à Fraxinetum (la Garde Frainet dans le var) et le fondateur de la chartreuse de Montrieux en 1117;

La Sainte Baume Provence Mystérieuse - BNF cote Va83-fol
Au XIIème siècle, trois de bulles des Papes Pascal II (1102 & 1113), Innocent III en 1133 et d’Eugène III en 1150 mentionnent un chapelle“Sancta Maria de Balma” voisine de l’Ermitage de Saint Cassien desservie par un prêtre comme le relate l'abbé J.-H. Albanés dans ouvrage “le couvent Royal de Saint Maximin 1880” : “Les environs de la Sainte Baume étant déserts.... L’existence d’une église et la présence d’un prêtre en cet endroit sont une preuve plus que suffisante de la permanence du pèlerinage” .
La première description de la grotte est celle du frère mineur de Parme nommée Salimbene faite en 1248 . Il en résulte qu’à cette époque, la grotte était très fréquentée, on y arrive par un très beau chemin. Le 22 juillet 1254, Saint Louis visite la Sainte-Baume à son retour de Croisade. on assiste à un renouveau de l’église et de la chrétienté; Le pèlerinage prend un nouvel essor.
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Louis IX, dit Saint Louis après son retour de croisade
visite la Sainte Baume le 22 Juillet 1254,
un renouveau de l'Eglise et de la Chrétienté
En 1279, Charles II d'Anjou, roi de Sicile et comte de Provence, réalise les fouilles qui aboutissent à la découverte à Saint-Maximin des reliques de Marie Madeleine, dans une crypte enfouie sous le petit prieuré bénédictin dédié à la sainte. Charles II pour honorer les reliques de la Sainte Marie Madeleine jette les fondements de la future Basilique de Saint Maximin et demande au Pape Boniface VIII de substituer aux religieux de Saint-Victor ceux de l’ordre de Saint - Dominique. C’est ainsi que le 21 juin 1295, le pape Boniface VIII par quatre bulles pontificales, confie au jeune ordre des dominicains la charge des lieux saints : la basilique de Saint-Maximin et la grotte de la Sainte-Baume.
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De grands pèlerinages amènent à la Sainte Baume plusieurs rois et papes : le Chemin des Roys est né (itinéraire classique de tous les Rois, les Reines, les Papes, les célébrités, les saints et simples pèlerins montant à la grotte de la Sainte Marie Madeleine, après êtres allés s’incliner et prier sur la tombe de celle ci à Saint Maximin.
-la grotte au temps des papes d’Avignon XIVème siècle

Le leg du XIVème siècle est lourd : la guerre de Cent ans et le grand schisme d’Occident de la chrétienté. Haut lieu du monde chrétien, la Sainte Baume se situe au dessus de la mêlée, les adversaires s’y rejoignent dans le même culte pour Marie Madeleine. Les diversités sont dépassées par le sentiment de l’unité catholique. De 1313 à 1320, le père Gobi, prieur à Saint Maximin fait réparer et agrandir l’hospice des étrangers et le couvent édifies de chaque cotés de la grotte.
En 1332, Philippe VI de Valois, roi de France, Alphonse IV d’Aragon, Hughes de Chypre, et Jean de Luxembourg, roi de Bohème se recueillent dans la grotte. Egalement les rois de France Jean II et Charles VI . Tous se réunissent dans la grotte autour du rocher de la pénitence où la croyance populaire place la couche de Marie Madeleine. En 1337 à la demande du roi Robert, fils de Charles II, il fait entourer ce lieux de grilles de fer et nomme quatre prêtres au service des pèlerins. En 1365 Charles IV, roi de bohème et empereur du saint empire romain germanique vient en ce lieu avant de se faire couronner roi d’Arles.
Les papes établis en Avignon se rendent à la Sainte Baume Jean XXII,Clément VI, Urbain V, Grégoire XI , Clément VII et Benoit XIII. Parmi les saints nous pouvons noter les pèlerinages de Saint Vincent Ferrier, de Sainte Catherine de Sienne, de Sainte Brigitte de Suède.
Vers la fin du XIVème siècle, les bâtiments de la grotte restés sans entretien se trouvent dans un état de dégradation complète. En 1396 le pape Benoit XIII d’Avignon ordonne la somme de deux cents florins d’or destinée à la réparation “des maisons du lieu de la Baume”.










-la grotte dans le Royaume de France (XV-XVIIème): de Charles IX à Louis XIV
Au début du XVème siècle, la Sainte Baume s’appuye sur la fidélité des comtes de Provence, et la générosité des pèlerins.
Citons le Marechal de Boucicault qui fit plusieurs fois à pied le pèlerinage “et en celui lieu, tout à une fois donna cinq cent francs comptant pour avoir lits et autres choses pour l’hospitalisme aux pauvres et pour héberger les pèlerins” -FAILLON 1848 -Monuments inédits tome I page 985
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René 1er dit le bon roi René s’inquiète de la pauvreté du couvent de Saint Maximin et du sanctuaire de la grotte. En mars 1438, il fait une retraite de neufs jours à la Sainte Baume à la suite de laquelle il institue par fondation une messe solennelle à célébrer chaque jour à la grotte. Il offre deux cents florins pour faire réparer le dortoir du couvent à la grotte; Deux ans après c’est sa soeur, Marie d’Anjou, Reine de France qui vient à la Sainte Baume, elle y revient avec son mari le Roi Charles VII. Vers 1440 un terrible incendie qui ravage la grotte détruisant tous les bâtiments.
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Les dons affluent à la Sainte Baume, mais personne ne contribue plus libéralement que le Dauphin de France le futur louis XI qui vient à deux reprises en 1447 et 1456, avec Charlotte de Savoie. Lors de son deuxième pèlerinage , il ordonne de construire un baldaquin au dessus de l’autel et dessine lui même sur les lieux la forme qu’il désire lui donner. Quatre piliers soutenait le tout, relies entre eux par des balustres en marbre blanc. Les armes de France et du Dauphiné ornaient les trois faces extérieures du monument . Une gravure du 1788 conservée au musée d’Arnaud d’Aix en Provence témoigne de cet ouvrage.
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En 1481, la Provence est rattaché à la France et à la couronne du roi Louis XI. Dès lors tous les rois de France qui se sont succédés, montèrent un vif attachement à Marie-Madeleine en protégeant et embellissant ce sanctuaire.
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Le 21 janvier 1516, François Ier accompagné par sa mère Louise de Savoie et son épouse Claude de France vient rendre grâce à son retour de Marignan à la grotte . Il accorde des fonds pour la restauration de la grotte, fait édifier le « portail François Ier » (visible à l’hôtellerie de nos jours), et construit trois chambres royales à la grotte.
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Jean Ferrier, archevêque d’Arles fait ériger les oratoires du chemin des Rois. (Lire à l’article les oratoires du Chemin des Roys)
Le nouveau roi Charles IX, en compagnie de sa mère, Catherine de Médicis et de son frère le futur Henri III, vient à la Sainte Baume le 25 octobre 1564. Le petit Henri de Navarre futur Henri IV (11ans) est présent.
Pendant les troubles de la ligue, les guerres de religions dévastent le pays. En 1582 une garnison de militaires est établie la Sainte Baume et en 1587, le Parlement ordonne la construction d’un pont levis à l’entrée du Sanctuaire. En 1592, la Sainte Baume est de nouveau pillée. Les pèlerinages continuent. Le Lundi de Pentecôte, pèlerinage annuel à la grotte de toute la Provence, est instauré à l’initiative de la Paroisse d’Auriol.
Henri IV, roi de France, ancien huguenot, comprend son devoir et ses responsabilités, après les guerres de religions, il s’applique avec soin à rétablir l’ordre, la discipline catholique . Henri IV choisit le grand réformateur, le Père dominicain Sébastien Michaelis né à Saint-Zacharie, “homme de grand esprit et d’un courage indomptable, comparable au plus grand hommes de son temps par la Sainteté de sa vie, l’ardeur de son éloquence, l’étendue de son savoir” comme prieur du couvent royal de Saint-Maximin. Ce grand réformateur fait refleurir l’Esprit de Saint Dominique à la Sainte Baume et à Saint Maximin.
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La profonde piété de Louis XIII, ne pouvait rester insensible à l’attrait de la Sainte Baume. Après le siège de Montpellier qui mit fin à la révolte des protestants en Languedoc en 1622, Louis XIII vient à la Sainte Baume pour remercier Sainte Marie Madeleine de cette victoire. A la suite de ce pèlerinage qui eut lieu les 5 et 6 novembre, le roi confirma par lettres patentes tous les privilèges accordés par ses prédécesseurs en ces lieux .
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Au cours du XVIIème siècle , les mouvements des pèlerins ne cessa de s’amplifier.Vers 1610 Saint François de Sales serait venu en pèlerinage à la grotte. En1629, Esprit Blanc contrôleur général des décimes de Provence fait construire la Chapelle des Parisiens.
En 1630, le pape Urbain VIII, fonde la confrérie de Marie- MadeleLe 4,5 et 6 février 1660, de passage en Provence, Louis XIV alors âgé de 22 ans, avec une partie de sa cour, fait le double pèlerinage à Saint Maximin et à la Sainte Baume.
“le dernier roi de France qui fit le Pèlerinage des Saint- Lieux de Provence fut Louis XIV. Il arriva à Saint Maximin le 4 février 1660 avec sa mère Anne d’Autriche et monta le lendemain 5 février jusqu’à la Sainte Baume et au Saint Pilon. Au retour il présida à la translation du corps de Sainte Marie Madeleine dans une urne porphyre qui avait été envoyé de Rome par le général des frères prêcheurs et qui fut placée sur le maître autel, après que la châsse qu’elle devait contenir eut été ouverte, refermée et scellée en présence du Roi”
H.D Lacordaire -extrait du livre de Sainte Marie Madeleine
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Le R. P. Reboul présent lors de la venue Louis XIV en a fait le récit complet de cette venue (voir le livret N°1de l’association du Chemin des Roys le chemin des Roys et l'Histoire)
Louis XIV garda le souvenir de son pèlerinage à la Sainte Baume ainsi que la dévotion envers Marie-Madeleine. A la mort de sa mère, il fonde six messes de requiem, à perpétuité dans la grotte de la Sainte Pénitence.
Le pèlerinage de Louis XIV à la Sainte Baume
5 février 2020



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-la décadence du pèlerinage au XVIIIème siècle
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Au siècle des lumières, avec l’affaiblissement de l’esprit de foi et la grande peste de 1720, la Sainte Baume connait une baisse de fréquentation “l’affaiblissement de la piété en France sous Louis XV diminue la dévotion envers Marie Madeleine . Elle devint en effet plus rare chez les grands, quoiqu’elle cessa pas de se maintenir dans le peuple”
Abbé Faillon 1848 - extrait de Monuments inédits sur l’apostolat de Marie Madeleine en Provence
Sous Louis XVI, la grotte ne connait aucun changement, seule la consécration de la Basilique de Saint Maximin eut lieu le 26 septembre 1776.

-la grotte à la révolution-
-La révolution
Le 5 mai 1789, avec les états généraux, la révolution s’ouvre à Versailles. Le 2 novembre, l’assemblée nationale vote la confiscation des biens du clergé et 13 février 1790 la dissolution des ordres réligieux. De l’application de ces lois résultera la suppression de la Sainte Baume. Le 8 octobre 1790, une loi ordonne de procéder à la liquidation des maisons religieuses. Les 9 et 10 décembre 1790, l’inventaire des mobiliers de la grotte et du monastère sont dressé. Tout fut emporté dans le magasin révolutionnaire de Saint-Maximin. On permit qu’à un seul religieux, très âgé, le père Sans, de rester à la grotte avec le strict nécessaire.Mais les lieux étant menacés, le dominicain doit se réfugier à Nans les Pins.
Le 18 janvier 1791, les dominicains de Saint Maximin quittent leur couvent et s’exilent.
La Révolution et l'Empire mettent en péril le site. En 1791, le marquis d’Albertas rachète les biens des dominicains qui avaient été vendus comme biens nationaux.
En 1793 tout fut détruit par une troupe envoyée depuis Saint Maximin par les conventionnels Barras et Fréron. Les statuts sont cassées et guillotinées, la Sainte-Baume est rebaptisée « les Thermopyles », l’intérieur de la grotte et la grande hôtellerie attenante (dont on voit encore les traces dans la falaise aujourd’hui) sont détruits.

-l'empire
Sous le premier empire, l’abbe Guigou futur évêque d’Angoulême, rétablit une humble autel dans la grotte. L’ardente foi provençale en la protection de la Sainte Marie Madeleine est toujours présente, les pèlerins recommencent à s’y rendre. En 1814, une foule immense s’y présente le lundi de Pentecôte et le 22 juillet fête patronale de la Sainte. En 1815, la Sainte Baume est de nouveau ravagée par le Maréchal Brune et ses soldats durant les Cent Jours.


-le XIXème, résurrection du pèlerinage

En 1824, une communauté de trappistes s’établit sur le plateau, en face de l’actuelle hôtellerie puis laisse la place en 1833 à des capucins qui ne restent que deux ans. En 1848, le père Henri-Dominique Lacordaire, célèbre prédicateur et restaurateur de l’ordre dominicain en France depuis 1840, vient à la grotte et, en 1859, il rachète le couvent de Saint-Maximin pour y réinstaller les frères prêcheurs ; avec l’aide de l’œuvre pour la restauration des lieux saints de Provence qu’il avait fondée, il réinstalle le 22 juillet, les frères à la grotte ; il fait construire l’hôtellerie dans la plaine de la Sainte- Baume. Les pèlerins affluent c’est la résurrection du pèlerinage.







En 1858, Mgr. Jordany, évêque de Fréjus-Toulon demande à Henri Dominique Lacordaire de rétablir l’ordre dominicain en France de redonner vie aux couvents de Saint Maximin et de la Sainte Baume, ce qui se fera l’année suivante.
L’Hostellerie est construite sur le plateau à partir d’une ferme appartenant jadis aux Dominicains et cédée par le Marquis d’Albertas quelques années auparavant: une communauté de frères y est assignée. On assiste alors à un véritable renouveau du pèlerinage.
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«La cérémonie se déroule le 20 Mai 1860.
La foule se presse, venue de tous les coins de France.
L’Archevêque d’Aix préside, entouré des évêques de Fréjus, de Marseille, de Nice, de Nîmes, de Gap…
La fête se déroule sous les feux de l’actualité: les journaux de Paris ont envoyé leurs écrivains et leurs dessinateurs».
B. Montagnes, extrait de La légende de Marie Madeleine.
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Frédéric Mistral présent au pèlerinage avec ses compagnons félibres écrit
« Que ce fut beau »!







